Rendre les pauvres riches partie 1 Besoin d’idéologie nouvelle et définition de la qualité


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1         Introduction

1.1         Le besoin de renouveau idéologique

Tout mouvement, pas seulement de renouveau politique, systémique, a besoin d’une idéologie pour faire coopérer les individus. Le jeu des dominants, des adversaires est de diviser. Celui des dominés doit donc être de s’unir et pour cela, il faut une puissante idéologie susceptible à la fois de rassembler largement et de surmonter les divisions

1.2         Les idéologies éculées

Les idéologies religieuses datent d’un ou deux millénaires ; elles sont épuisées et inadaptées. Il faut les laisser se retrancher dans l’obscurantisme ou les réserver à la spiritualité.

L’idéologie socialiste a été déconsidérée d’abord par la mise en œuvre soviétique et chinoise d’un communisme autoritaire et bureaucratique puis achevé par l’évolution manquée de sa réforme.

L’idéologie capitaliste-libérale présente depuis deux siècles montre ses limites. Elle est déconsidérée malgré la propagande médiatique à la fois par ses conséquences humanitaires, sociales et écologiques.

1.3         Les limites de l’approche corrective

Tenter de balayer l’idéologie ultra libérale par une reformulation du communisme serait une erreur tant a été médiatiquement dévalorisé le concept de communisme à la faveur de son totalitarisme trop brutal.

Ce serait aussi une erreur car l’approche ne ferait qu’entretenir un antagonisme entre communisme et capitalisme alors qu’il faudrait au contraire trouver une coopération entre dominants et dominés pour refaire société et ainsi préserver la nature.

1.4         La dispersions des causes

Il suffit de lire les réseaux sociaux, de suivre les mouvements de protestations, de s’intéresser aux associations humanitaires pour constater que les causes, toute plus valables les unes que les autres sont de plus en plus nombreuses. La majorité traitent superficiellement les problèmes, apportent indirectement une caution aux dysfonctionnements en cherchant à vivre avec plutôt qu’à en supprimer les causes qui souvent sont communes. Cette diversité entretenue par la propagande autour du maintien de l’idéologie et du système pour l’essentiel nuit à l’action collective au fond.

1.5         L’écologie ne suffit pas

L’écologie aurait pu être assez puissante pour jouer un rôle fédérateur car tout le monde y est sensible. En plus d’être fondée pour arrêter le pillage planétaire des ressources et les génocides d’espèces animales, elle est tactiquement habile car elle s’appuie sur de bons sentiments permettant la propagande médiatique. Mais elle ne remet pas frontalement en cause le système. Elle ne le fait qu’à la marge en ne poussant pas sa logique jusqu’à considérer que les êtres humains sont une faune qui a droit à la joie de vivre en bonne santé.

Sauf en Amazonie, en Inde, en Asie et à Fos sur Mer les humains n’en meurent ou n’en souffrent que peu immédiatement et visiblement ; même avec l’aide des industries alimentaires et pharmaceutiques. L’écologie ne touche donc pas assez directement pour mobiliser. Les fins de moi et la vie dure sont plus efficaces.

De plus l’écologie est encore associée pour bon nombre de gens à régression soit technologique, soit économique ou à privations de confort.

1.6         Conclusion de l’introduction

Il faut donc du neuf idéologique. Si le besoin de sécurité est ancré en chacun, il ne peut venir qu’en trame de fond car si pour certaines composantes, il peut représenter un mieux, pour d’autres, il est déjà acquis. Ce sont donc les besoins supérieurs dans la pyramide de Maslow qu’il faut viser : l’épanouissement.

Car si le moteur peut bien être l’insécurité de vie, pour séduire largement, au moins en Occident, il faut beaucoup plus qu’une sécurité matérielle améliorée, il faut un défi : s’épanouir dans le jardin d’eden.

2         Les composantes de la qualité

2.1         La définition globale

Qualité de vie, qualité écologique (dont la règle verte), qualité sociétale, qualité sociale, qualité des produits, qualité économique, qualité des organisations, qualité des procédés, qualité des individus, voilà la notion fédératrice !

 

Chacun peut y placer l’accent sur la cause qui répond à sa sensibilité. Les engagements des uns renforceront ceux des autres puisqu’ils sont tous composants d’une même direction. C’est ce que je baptisé « idéologie de la qualité ».

2.2         La régulation, une composante de la qualité

Les industries de procédés, en particulier les industries avec dangers intrinsèques comme le nucléaires, le pétrolier et le chimiques, mais aussi tous les organismes vivants ne fonctionnent que parce qu’ils sont régulés.

Seuls leurs composantes meurent, l’organisme lui vit parce ses composantes se renouvellent mais aussi parce rien ne se fait indépendamment du reste. Il y a toujours une régulation qui vient commander l’ajustement aux évolutions et au contexte. Les endocrinologues le savent bien, le corps humain est une merveille de régulation comme le tourbillon pour un mécanisme horloger.

Réguler une organisation, une économie, un système de pouvoir, un système d’organisation, fait partie de la qualité. Ainsi les règlements, les taxes, les contrôles, les référendums révocatoires…. sont des éléments de régulation et donc de la qualité, se confondant ici avec la santé, des organisations et systèmes.

2.3         Régulation de la concurrence

La concurrence, lorsqu’elle est émulation, peut être stimulante. La concurrence lorsqu’elle devient combat de gladiateur à mort où tous les coups sont permis pourvu que le mythe de la concurrence libre et non faussée soit entretenu est délétère.

Dans les communautés juives d’autrefois, les rabbins qui géraient tout décidaient du nombre d’artisans maximum de la communauté. C’était une régulation de la concurrence. Dans certaines corporations d’aujourd’hui comme les dentistes, les pharmaciens ou les notaires, le numérus clausus et la répartition géographique protègent contre une concurrence trop vive comme celle qui dévalorise les professions d’ingénieurs et techniciens.

La qualité c’est donc le contraire de la libre concurrence, c’est la régulation de la concurrence : assez pour garder une dynamique de santé, pas trop pour éviter la guerre de chacun contre chacun et contre tous.

2.4         Le modèle sain des tailles d’organisations de création collective de richesses

La relation de force permanente entre les entreprises aboutit à transformer un ensemble d’entreprises variant autour d’une taille moyenne, en deux pôles : d’un côté les grosses qui ont absorbé beaucoup de moyens et se sont imposés  et les boutiquiers indépendants qui ont quitté les entreprises moyennes et survivent dans les niches délaissées par les grosses.

Le schéma de distribution de taille d’entreprise d’un pays passe ainsi du modèle sain de société des entreprises de type « ballon de rugby » au modèle malsain du bilboquet (Fernand Brodel). On aurait pu dire du modèle de la brousse à celui des dinosaures et des rats.

Il suffit de comparer, sans que ce soit péjoratif l’économie de boutiquiers des pays du tiers monde et l’économie d’il y a un siècle en France. Laquelle était la plus prospère ?

La qualité de création de richesse, création toujours collective, consisterait dans ce domaine à entretenir la diversité des tailles d’organisation en établissant des dispositions régulatrices de la position de force des grosses entreprises face aux petites. En instaurant parallèlement des mécanismes de coopération plutôt que de compétition la société conserverait une distribution en tailles et en chiffres d’affaire d’entreprises homogène, favorisant l’intérêt général de la société et non plus l’intérêt de quelques entreprises en particulier. Un modèle de paix au lieu d’un modèle de guerre entre entreprises car tout ce que gagne l’une revient dans l’économie pour toutes les autres.

2.5         Le commerce équitable

Qui du concepteur, du producteur, du transporteur, du distributeur crée le plus de valeur ajoutée. C’est bien difficile à dire. Actuellement le plus fort, le plus gros, le plus concentré dans son métier impose sa loi aux plus atomisés. Un des mécanismes pour garder des tailles d’entreprises bien réparties consisterait à utiliser les paramètres capitalistiques et de main d’œuvre, à les comparer tout au long de la chaine du berceau à la tombe et d’en déduire la part proportionnelle de valeur ajoutée allouée à chaque étape ; corrigée de différences sociales et environnementales. Cela aurait en outre l’avantage de pouvoir réguler en fixant une valeur intrinsèque aux ressources naturelles avant même leur extraction.

 

2.6         La régulation du pouvoir : l’autonomie de décision

Établir une constitution pour tous par tous et non par quelques délégués lus ou moins personnellement intéressés au résultat, voter plutôt qu’élire, tout ce que diffuse Etienne Chouard participe de la qualité.

Tout système d’exercice du pouvoir qui soit à la fois consensuel et muni d’une protection immunitaire contre la mainmise d’une catégorie, susceptible de maîtriser ses tentations et tensions internes, capable de réguler impartialement les mécanismes de domination des forts par les faibles et d’ assurer l’entrainement vers l’intérêt général à terme sera valable.

Appliquer des logiques d’organisation par processus, soigner les interactions de chaque processus, réguler les pouvoir dans les processus par des mécanismes de tirage au sort et l’attribution temporaire du pouvoir à ceux qui n’en veulent pas forcément mais qui ont à cœur de bien l’exercer sont des principes d’une refondation du système de gouvernement utilisant les sciences en lieu et place d’un plagiat des mécanismes ancestraux ou animaux.

L’an- archie au sens le plus pur, c’est-à-dire l’absence de hiérarchie révélée remplacée par des règles dosant et équilibrant les pouvoirs ; laissant assez de liberté pour prendre des décisions mais pas assez pour se fourvoyer ou tomber dans l’intérêt particulier.

Les mécanismes de pilotage existent partout, dans toutes les entreprises, les organisations, les gouvernements. Il faut les adapter en fonction de la nature et la vocation des organisations mais toujours dans une approche de véritable démocratie. Plus de citoyens dans la cité en même temps cerfs dans les entreprises donc.

Les Gilet Jaunes l’ont revendiqué les référendums d’initiative populaire et cela me semble intégralement relever d’une philosophie de régulation de la qualité du mécanisme de pilotage ; d’un mécanisme de sécurité dans l’organisation du pouvoir.

Quels que soient les mécanismes retenus, ce soin apporté à l’intégrité, la robustesse et l’efficacité du fonctionnement du mécanisme de pilotage relève de l’idéologie de la qualité.

2.7         La hiérarchie des ordres, autre composante de la qualité sociétale

L’ordre technico-économique des réalités a besoin d’avoir un champ régulé dans les excès qu’offrent les possibilités physiques.

C’est l’ordre juridico-politique qui s’en charge, les lois, les règles étant là pour limiter les excès en fonction de ce qu’une société pense bon.

Mais dans le temps, dans la géographie, les sociétés n’ont pas les mêmes idées sur ce qui doit être permis ou pas. C’est l’ordre moral, le consensus sociétal qui en décide. Il fixe la limite du bien et du mal.

Cependant cette limite varie elle aussi avec les sociétés et pour se guider sur la position entre le bien et le mal elles utilisent l’ordre d’amour.

Lorsque cette hiérarchie des ordres est respectée la régulation macroscopique du fonctionnement de la société est saine.

Lorsque qu’un ordre inférieur dicte sa loi à un ordre supérieur – comme par exemple quand la cupidité économique fait voter des lois qui favorisent le pillage par quelques-uns,  ou quand la volonté de mater brutalement des révoltes pacifiques, instrumentalise des agresseurs potentiels pour aboutir à des lois liberticides – alors on entre dans une barbarie.

Évidemment, la qualité c’est l’évolution de la société dans la hiérarchie des ordres; et surtout, les mécanismes de maîtrise du maintien dans cette hiérarchie stable des ordres. Ainsi, le spirituel prime sur le religieux, l’intégrité sur la corruption et la manipulation, la sincérité sur le mensonge, l’altruisme sur l’égoïsme, le courage sur la veulerie, le général sur le particulier, le légitime sur le légal, le fond sur la forme (procédure comprise). La frugalité législative et réglementaire permise par ces principes. La qualité c’est aussi toute cette étique et ses mécanismes de maintien.

2.8         La prévention à la source facteur de qualité sociale

Beaucoup d’activité générant de l’économie sont des réparations d’une mauvaise qualité. Par exemple les réparations automobiles suite à accident ou suite à obsolescence programmée sont des activités économiques intéressantes pour les assureurs et les garagistes mais sans valeur pour la société.

Il en va de même pour les médicaments qui entretiennent la maladie au lieu de guérir, les analyses médicales inutiles, et surtout les produits alimentaires qui rendent malade et alimentent les activités de santé. Même si la majorité ne s’en rend pas compte, il ne suffit donc pas d’avoir une économie prospère pour avoir une société prospère. L’approche par la qualité recherche la minimisation des activités réparatrices par une prévention à la source permettrait de revenir sur ces dérives économiquement tentantes pour les entreprises du PIB négatif

2.9         Le bonheur intérieur brut

Cela n’est pas nouveau mais les indicateurs de la qualité de vie primeraient sur les indicateurs économiques qui retrouveraient le place de moyen et non plus de fin. La fin ce serait un indicateur de bonheur intérieur brut, probablement associé à une disparité maximale pour veiller à ne pas avoir d’écarts anormaux comme aujourd’hui et par là conserver la cohésion et le dynamisme de société.

2.10     Reconnaître la contribution de parent pour les enfants et la société

Le travail en pratique n’est qu’un des moyens d’apporter une contribution individuelle à la société. Elever des enfants est aussi une contribution au fonctionnement de la société. Elle est même plus importante que produire sur l’instant parce que la société ne manque pas de denrées mais elle manque de supplément d’âme et d’intelligence.

Elles aiment souvent, et parfois ils aiment aussi ; Tous forgent la société de demain, font 100 métiers, mais ne sont pas reconnus. Faute de rémunération, elles ou ils, se trouvent placées en dépendance de leurs conjoints devenant ainsi leur dominant. Les conjoints salariés sont eux-mêmes dominés par leurs. Pas étonnant que les femmes, majoritairement concernées, soient devenues nombreuses des combattantes-féministes. Leur choix n’est pas enviable soit elles luttent contre un seul niveau de domination en s’épuisant comme salariée, soit elles prennent les risques de dépendance par deux niveaux de domination. Toute femme, sauf quelques médiocres-zélées égoïstes, quelques dominantes pathologiques et quelques médiocres malgré-elles, devrait contester plus qu’un homme le système de domination en place.

2.11     Le revenu de base garantie à vie

Comment s’épanouir lorsque les incertitudes des fins de mois, de l’emploi s’ajoutent encore et toujours aux avatars de la vie ?

L’Homme est un animal grégaire, il ne peut pas vivre sans apporter sa contribution à d’autres.

Chacun apporte ce qui lui fait plaisir et il n’est pas plus ridicule de croire que ces contributions feront société sans être organisées que de croire que la somme des intérêts particuliers aboutit à l’intérêt général.

Le revenu de base à vie, garantissant une vie de sécurité matérielle fonction de la richesse de la société, permettrait aussi l’appartenance, la reconnaissance et même l’épanouissement des moins gourmands.

Plus de pauvreté donc, la forfaitisation des apports de chacun porterait certes un coup au désir de travailler, surtout dans les conditions actuelles mais comme il y a pléthore de travailleurs pour un travail désormais raréfié parce que massivement mécanisé ce n’est qu’une forme de régulation.

Celui qui ne fait qu’apporter une modeste contribution à la société joue cependant un rôle économique important en dépensant son revenu de base. Comme la pluie des nuages, il redistribue l’argent qui alimentera les circuits de production vente des entreprises. Sans même la contribution sociétale que chacun ne pourra s’empêcher d’apporter, on pourrait déjà dire que le revenu de base est l’organisation d’un moyen de faire tourner l’économie. C’est déjà le cas avec les minimas sociaux à ceci près que le revenu de base ne serait pas en dessous mais sensiblement au-dessus du seuil de pauvreté.

2.12     Réduction drastique du temps de travail

Si la qualité c’est entre autre la qualité de vie, pourquoi s’aliéner, voir s’abrutir au travail. Les deux approches réduiraient le nombre des candidats au travail rémunéré au-delà du revenu de base ou pour l’éducation de ses propres enfants. Cependant pour ceux-là qui l’ont choisi, un rythme trop soutenu, jour après jour, donne à la fin l’acédie (burn-out). Sans même parler des consommations inutiles de soins et de médicaments, ce n’est pas l’épanouissement. Pourquoi s’en priver puisque générations après générations, l’humanité a su développer des technologies qui permettent de faire à quelques-uns entourés de beaucoup de machines, plus que des armées d’hier. La richesse et la puissance actuelle permettent déjà de diviser le temps de travail par deux environ.

2.13     Population et ressources terrestres

Les humains prolifèrent sur la planète et cela les expose à des équilibrages violents entre besoins et ressources disponibles par la mort des plus faibles. C’est ce qui se passerait pour des animaux mais les humains, à partir de leur base animale peuvent faire mieux. Certes, le reptilien commande au limbique pour lequel le cortex invente un « emballage » logique décent.

La reproduction humaine obéit aux règles du reptilien. Rendez les individus misérables, vulnérables et paradoxalement ils feront des enfants pour assurer la survie de l’espèce. C’est une réponse naturelle et rien ne peut l’empêcher. Rendez les gens riches, sûr de leur vie et ils feront peu d’enfants ; c’est la même réponse naturelle mais à l’inverse. C’est pour cela que l’Allemagne se dépeuple tandis que l’Afrique explose.

La qualité c’est d’utiliser notre capacité corticale à prendre conscience de nous- même et à élaborer des stratégies pour utiliser notre tendance naturelle dans le sens de la régulation de notre nombre sur la planète terre.

Bien mieux que de laisser les migrations tenter de réguler maladroitement par le conflit, les risques et les mauvaises conditions pour les uns et les profits pour les autres, nous avons dont tout intérêt à répandre le confort matériel et la confiance en l’avenir partout. La solidarité internationale venant remplacer le colonialisme. La qualité remplacera le nombre.

2.14     Conclusion sur l’idéologie de la qualité

Cette qualité au sens large englobe une série de notions existantes qu’elle unifie. A travers le souci de faire bien, très bien, sur tous les plans qui ne sont certainement pas tous cités précédemment. Elle remet en avant l’intérêt général et dans le but de faire société pour lui apporter le meilleur en respectant tout et donc sans broyer les individus, ni martyriser les animaux, ni saccager la nature.