Convention FI N°3 : Enthousiasme généreux et insuffisance stratégique


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Pour le novice en politique, une première convention c’est un évènement. Mon impression des universités d’été était mitigée à la fois sur la forme avec le débordement de l’organisation par son succès, mais surtout par le fond qui ne laissait pas assez de place aux débats.

Dans cette convention d’octobre 2017 au contraire beaucoup de participation. J’ai ressenti une grande sincérité, une fraîcheur de jeunesse appliquant en équipe et avec courage et rigueur des leçons méthodologiques bien assimilées. Une très belle préparation de l’évènement construite sur une collecte d’avis très large avec une synthèse sincère. Du beau travail dans lequel, à aucun moment, je n’ai senti la manipulation que pourtant je guettais attentivement.

A peine arrivé en passant par l’Auvergne, j’ai eu le plaisir d’échanger quelques mots avec ma célèbre correspondante virtuelle de 5 ans sur Facebook, celle qui m’informe, souvent en termes crus et drus de toutes les conneries des opposants, comme celle de ceux qui pourraient être des appuis ; J’ai nommé la Lorraine entière : « Cathy PG » ! A Marseille c’était l’accueil chaleureux d’Alexis Corbière qui m’avait marqué à la sortie de la gare. Là c’était la caresse non moins chaleureuse de l’égérie du PG. Quel plaisir aussi de pouvoir dire spontanément le lendemain à Jean-Hugues Ratenon (croisé en toute simplicité au détour des toilettes) à quel point j’appréciais son parler vrai et l’engagement d’équipe de nos députés à l’assemblée.

Les évocations sont souvent pénibles ou douloureuses par leur réalisme ; sans abri, sans pain, sans eau, sans électricité, mal logement, violences aux femmes, mépris envers les réfugiés, et tant d’autres misères de la vie pourrie comme celle de ma passagère de l’aller, chômeuse comme son mari après la faillite de son pressing et le licenciement de celui-ci. Est-ce à cause de cela que les relations entre les participants, avec les organisateurs ont été détendues et bon enfant voire chaleureuses ? Le film « l’insoumis » relatant la campagne présidentielle de l’intérieur redonne du courage m’a dit ma voisine de table. On y ressentait en effet la grande ferveur de l’espoir des foules durant les meetings. On y découvre aussi l’humour de Jean-Luc Mélenchon; un trait de caractère que les médias oublient de relever.

Le vieux renard, le tribun était là d’entrée. Il a encore enthousiasmé son public avec sa verve, la clarté de ses démonstrations, son humour ramenant les dominants à leur tragique vérité minable, sa détermination sur l’organisation du mouvement sans chef ou son refus de toute compromission politique. Son intervention en ouverture et pas en clôture a t’il dit est un signal. Il le présente comme une prévention de la critique de récupération.

Moi je crois que le signal est plus profond. Il va une fois de plus mettre le nez dans leur caca à plusieurs catégories de détracteurs systématiques plus ou moins directement intéressés :

  • les journalistes médiocrates enthousiaste ou médiocrates zélés (CF Alain Deneaud) roulant tous in fine pour les riches au détriment de l’intérêt général,
  • les dirigeants jaloux des partis : ceux de pseudo gauche à droite comme les radicaux idéologiques plus à gauche,
  • les réfractaires à toute affirmation de soi, à toute autorité au sein du mouvement,
  • les intellectuels indépendants, défendant des idées de gauche mais contre lui car plus soucieux de leur mise en valeur personnelle, de leurs intérêts ou de leur pensée que de servir l’intérêt général, et la cohésion de lutte.

En passant la main. Sortie habile, à la fois il sape ces accusations récurrentes, supprime les accusations d’intransigeance, d’autocratie, de clivage, de personnalisation ; aussi infondées qu’elles soient.

N’en déplaise au journaliste sociologue de Mediapart et à son collègue espion local des méthodes nouvelles destinées sans doute à préparer le prochain congrès des solfériniens ; aussi empressés que leurs autres condisciples de droite à dénigrer le leader de 7 millions de gens intelligents sous les termes de « populiste limité »; ce sociologue qui nous fait des nœuds au cerveau sur le populisme dans un article fumeux dont il ne restera que les mots dévalorisants parce qu’aucune idée de fond n’y est claire. Le populisme ce n’est pas flatter, c’est répondre aux attentes populaires. Ceux qui flattent c’est la société de consommation et du spectacle avec la stimulation des faiblesses et des instincts. C’est ça le populisme critiquable. Monsieur Mélenchon, lui, ne flatte aucun bas instinct, il élève au contraire. En bon prof il instruit. Il aura été comme selon ses termes un passeur ; un passeur courageux dans l’adversité de l’avenir de l’humanisme et de l’intérêt général. Tout le contraire du dénigrement en somme. Il aura mis en plus de la FI 17 têtes d’affiches en piste avant d’avoir pu être assassiné; c’est-à-dire sans être martyr des puissants comme Guevara ce qui peut-être manquera à sa gloire historique. Il restera populaire malgré le battage médiatique et les sondages fallacieux à l’écran le soir de la première demi-journée sur France Info.

Notons au passage que l’adjectif « populiste » n’est que la marque du dénigrement de l’intérêt général chez les tenants de l’idéologie des dominants. Ces dominants croient tellement détenir la vérité révélée parce qu’ils sont dominants !  En réalité, la vérité se moque bien de leur domination, même idéologique et la réalité c’est que Mélenchon est un type bien, défendant l’intérêt général avec mesure, lucidité, discernement et… humour !

Si ma prédiction de retrait de JL Mélenchon de la FI a lieu, il ne restera de solide pour nous attaquer que l’accusation manipulatoire de Michel Onfray poussant des cris d’orfraies médiatiques faisant confondre à ses fans, la décentralisation girondine des pouvoirs avec les manœuvres financières et guillotinantes de Danton associé au ministre des finances de l’époque qui avait laissé monter le prix du pain. Ces girondins complotistes cyniques, cruels, pervers au service des esclavagistes coloniaux riches ont manœuvré le prix du pain et l’attribution des exécutions dans le but de faire perdre la confiance du peuple en Robespierre. Alliés aux commissaires sanguinaires que Robespierre voulait mettre hors d’état de nuire, ils l’ont fait tomber. Les girondins n’étaient pas contre la centralisation des pouvoirs mais ce devait être le leur ; pas celui du peuple. « Robespierre reviens » était vendu dans le village de la convention. Comme Robespierre, il nous faut bien prendre la dimension de la malignité qui anime la soif de pouvoir des cupides et ne pas hésiter à l’étouffer dans l’œuf le cas échéant. Il n’est pas trop tard pour dénoncer les Danton d’aujourd’hui, ces Rothschild, Drahi, de Castries, Attali, Mink, Jouillet, la clique au gouvernement et la claque à l’assemblée…. La FI ne devrait-elle pas demander à Henri Guillemin d’apprendre aux 500 000 insoumis, la manœuvre de Danton et de son compère ministre des finances girondin pour qu’à la sortie toute la France sache avec quelle rouerie et quel cynisme agissent les riches lorsque leur domination est contrée. Ne faudrait-il pas expliquer à cette France moyenne sous quels différentes couvertures selon les pays et les époques les riches les manœuvrent discrètement, les manipulent habilement, pour garder leur pouvoir chaque fois que par hasard l’intérêt général parvient à prendre le dessus dans un pays ? Dans la série pragmatisme, ne faudrait-il pas en contrepoint démontrer encore et encore la violence sourde des dominants, leur appartenance à une caste d’hyper-riches ?

J’ai bien entendu JLM dire que beaucoup de gens prétendent savoir mieux et qu’il fallait avant tout agir. Mais je me dois de dire, non pour critiquer mais pour faire gagner la FI, qu’il y aurait meilleure action que l’atomisation dans les résolutions de problèmes de quartier par la méthode Alinski auprès d’un électorat quasi acquis. Si j’étais cyniques, je dirais même qu’il vaudrait mieux le garder en colère pour qu’il ait envie de faire sauter le système plutôt que de calmer les irritations car cela entretient le système des dominants. Mais mon objection va plus au fond : même pour un mouvement gazeux, l’atomisation divise. Aujourd’hui, l’élection l’a bien montré tout passe par les médias et les gens attende du grand du fort.

Il nous faut donc trouver des répliques d’interview, des tactiques contre-journalistiques, des vecteurs médiatiques de masse, des sources d’informations solides pour véhiculer énergiquement une idéologie forte. 10 000 répétition = 1 vérité : il nous faut dire 1 milliards de fois « tout et faux » et développer une idéologie attractive pour cette France désinformée qui demande un renouveau ; qui espère une renaissance. Il nous faut une idéologie débarrassée des vieilles lunes des communismes autoritaires dépassés soviétiques ou chinois qui éloigne de nous toute la France moyenne. Il nous faut une idéologie sociale et collective dépolluée de cette image dont les journalistes font leur miel. Ainsi l’hostilité de Pierre Laurent ou Alain Badiou à l’endroit de cette clé de voûte de la FI qu’est JLM, la distance des syndicats ou du NPA, finalement, jouera dans le bon sens si nous savons réorienter le discours vers le soulagement du plus grand nombre de français laborieux et mettre une équipe d’entraineurs issus de l’assemblée à sa tête.

L’écologie et la promotion des énergies renouvelable ou de l’agriculture de paysanne ne suffisent pas. Il faut une théorie unificatrice et je propose l’idéologie de la qualité et un défi : conquérir l’assentiment des français et le pouvoir avant les prochaines présidentielles.

Disposer dans tous les groupes de relectures de l’histoire démontrant par les faits les coulisses comme par exemple le financement 10 fois plus élevé des versaillais que les communards par la Banque (privée) de France et le massacre des communards dès qu’ils ont voulu s’emparer de cette banque. Même chose avec la liste des pays disposant aujourd’hui de banques centrales publiques et non privées (comme celles de l’Europe, des USA)  lesquels pays, curieusement, se trouvent dénigrés systématiquement par nos médias avec canons pointés sur eux; à commencer par la Russie. Cette diffusion d’information financière est certainement une clé très importante pour faire comprendre les situations réelles actuelles : au Venezuela et en Amérique latine en particulier où l’offensive des riches pour reconquérir les richesses perdues est à plein régime. Absente des exposés de cette convention comme de l’université d’été à Marseille, la diffusion de cette connaissance des similitudes de l’histoire est sans doute fondamentale pour convaincre et ébranler la confiance des couches moyennes dans leur adhésion à l’idéologie dominante.

Qu’il a donc bien fait Jean-Luc Mélenchon de souligner la violence patronale comme le grand Jean Jaurès en son temps. Il l’a fait en racontant la sanction invraisemblablement disproportionnée d’un syndicaliste qui avait eu l’audace de jeter des confettis sur le symbole syndical du patronat; cette garde chiourme des financiers. Jusqu’à lui saisir son compte juste avant les fêtes de Noël ! Ah que la justice est ostensiblement celle des animaux malades de la peste !  De quoi renforcer le ressentiment des 1500 présents et leur donner envie de déchirer quelques chemises… Émouvante et longue ovation spontanée, debout, des 1500 applaudissant spontanément en cadence. Mélenchon est obligé d’attendre avant de continuer. Un instant la FI anonyme et unanime a pris le pouvoir. Ce grand moment restera dans les mémoires.

Les dominants ont distillé un totalitarisme rampant devenu facilement visible au travers de la loi d’urgence qui a d’abord servi à emprisonner d’honnêtes et dévoués syndicalistes ; JLM l’a rappelé. Plus sournois, essayez de lire cette vidéo sur la création de la réserve fédérale des États-Unis : https://www.youtube.com/watch?v=8g1cR1OGubs&feature=youtu.be  Si on veut bien la débarrasser d’une forme encombrante, elle est très choquante moralement bien que purement financière et sans aucune violence directe visible. Tous les français devraient savoir que les banques des pays sont des organismes privés à qui les peuples payent des intérêts lorsqu’ils empruntent alors que tous ces peuples pourraient battre leurs monnaient (éventuellement commune) et donc récupérer leurs intérêts. Ils doivet savoir que c’est la guerre s’ils le refusent. C’est dont un racket légal colossal, tout à fait assimilable à la dîme du clergé catholique d’autrefois qui est prélevé en plus d’une mise en dépendance. La dépravation de ce clergé d’alors est tout à fait comparable à celle de milieux débauchés de la finance d’aujourd’hui. Cela nous a valu la naissance du protestantisme à la faveur de l’imprimerie et deux siècles de guerre dite « de religions ». J’espère que cela nous vaudra la révolution mondiale des peuples à la faveur des réseaux sociaux pour remettre cette engeance à sa place comme la laïcité s’est imposée au cléricalisme. La popularité de Jean-Luc Mélenchon dans la francophonie pourrait en être la source.

Alexis Corbière, Adrien Quatennens, Jean-Luc Mélenchon ont eu raison de souligner le formidable travail d’organisation de la convention et surtout sa préparation participative et collective par internet. J’ai apprécié le sérieux et la modestie de l’organisatrice, celui de la coordinatrice des collaborateurs de députés, la fraîcheur d’Antoine Léaument mais surtout savouré les paroles de l’informaticien qui nous a expliqué comment l’outil informatique au cœur de la méthode et du mouvement était maintenant autonome en compétences, avec des données en France, et tout en logiciel libre. Vraiment un grand bravo !

Il faudrait cependant maintenant coupler cette informatique mature au mouvement gazeux. Je veux dire garder les groupes d’appui comme réservoirs et répartir leurs membres par affinités en réseaux spécialisés. Les groupes d’actions seraient donc un des réseaux et ils pourraient s’impliquer dans les activités « Alinsky ».

Mais un autre réseau pourrait se constituer avec des groupes de réflexions tactiques, un troisième avec des groupes de mots et d’argumentaires, un quatrième avec les sources d’information, un cinquième avec les formations à l’oratoire, au médiatique, au théâtre, au débat ; pourquoi pas un réseaux de jeux pédagogiques, un réseau de mise en place des programmes de notre future banque….. La même infrastructure et les mêmes méthodes que pour la préparation de la convention pourraient être utilisées par chaque groupe pour aboutir à une diffusion médiatique internationale de masse de l’idéologie nouvelle. Cette idéologie, celle de la qualité, serait le socle d’une conquête humaniste de l’assentiment des citoyens moyens voire aisés et pas seulement des pauvres, pour l’avènement de l’Avenir en Commun dans une société homogène.

Beaucoup de justes étaient autour des tables parmi les 1500 tirés au sort de cette convention. Des insoumis concrètement à l’œuvre : Mon voisin de table me raconte comment, dans le sud-est, ils prennent des risques malgré cette police transformée en nouvelle Gestapo, pour venir en aide aux migrants. Dans le village de la convention, un jeune me raconte comment à Clermont-Ferrand, ils les ont mis à l’abri dans une fac où la police ne peut légalement pas intervenir, pour pouvoir leur donner un peu de chaleur et des sanitaires. L’occupation de la fac a forcé les pouvoirs publics à organiser des hébergements décents.

Dans son discours JLM avait bien expliqué en quoi les travailleurs détachés sont un vol des systèmes sociaux français organisés par les entreprises et légalisé par leur gouvernement.

Il n’a pas oublié Jean-Luc Mélenchon de signaler le mauvais procès en xénophobie que lui font les médias lorsqu’il dénonce ce vol. Heureusement les insoumis eux font bien la différence. Il n’a pas oublié de signaler à quel point il pouvait être naturel pour certains de ressentir les travailleurs détachés ou émigrés comme des voleurs de leur pain. Et l’on voit par comparaison avec quels sophismes l’amalgame médiatique est constitué. Pas un mot des médias, sur l’extrême popularité de Jean-Luc Mélenchon et de la France Insoumise dans toute l’Afrique de L’ouest parce que justement il est pour accueillir les émigrés. Les peuples africains ne se trompent pas et c’est précisément parce qu’ils savent que Jean-Luc Mélenchon défend les émigrés, défend la justice entre les travailleurs jusqu’à l’égalité de rémunération entre hommes et femmes qu’ils le soutiennent massivement.

Après le plus grand hold up électoral des entreprises et des financiers sur la démocratie, le gouvernement a encore berné les braves gens systématiquement désinformés par les médias avec son annonce d’une pseudo limitation de durée du travail détaché sans effet pratique. Ce hold up électoral, on ne le répètera jamais assez a été la conjugaison de cinq coups tordus :

  • le complot industrialo financier du groupe Bilderberg pour mettre Macron en piste dès 5 ans avant,
  • le battage médiatique à la solde au moment des élections, Pujadas et Salomé en tête,
  • l’utilisation des RG pour le coup bas porté à Fillon avant le 1er tour afin de laisser le champ libre au jeune premier (l’entêtement socialiste c’est juste de la bêtise ; pas un coup des riches)
  • les 600 000 doubles votes « par erreur » Il paraît même qu’un président de groupe local dans le sud a emmené l’urne du premier tour deux heures chez lui sans que le vote ait été invalidé. J’aime et je respecte les africains mais cela s’appelle une république bananière.
  • Enfin l’épouvantail Front National au deuxième tour.

Écœurés, les pauvres un instant mobilisés, ne sont pas allés voter pour les députés ; à quoi s’ajoute la triche pour mettre Valls à l’assemblée.

Qui sera le nouveau chef ? Il répond d’avance, au moins jusqu’aux prochaines présidentielles si Macron ne tombe pas avant, il n’y en aura pas, ce sera collégial. Les journalistes en seront pour leurs frais, il faudra pendant un temps qu’ils tirent soit sur Mélenchon qui n’est plus vraiment le chef soit sur 17 députés comme ils ont commencé à le faire en les trainants un à un dans la boue. Mais les français vont finir par voir que nos députés sont modestes, surtout si on s’organisait pour stigmatiser un peu les députés profiteurs et tous les profiteurs de la « princesse république du peuple français ». Pourquoi ne pas populariser « pilleurs d’état » ou « aux frais de la princesse » avec un groupe-réseau spécialisé comme explicité précédemment ? On pourrait même étendre la diffusion aux pillages légalisés.

La fraude (80 000 000 €/an) et l’évasion (20 000 000 €/an) fiscales ne peuvent plus être cachés. Fort bien expliquées par Lim Van Noc comme étant assortis en plus à l’exemption d’impôts sur les dividendes. Leur énorme croissance a elle aussi été bien soulignée à la fois comme source d’inégalité et comme source d’essoufflement industriel par manque d’investissement. Cette injustice flagrante en même temps que prélèvement éhonté sur la collectivité cache pourtant un autre train. Ce train mortel pour les nations a été vaguement évoqué par un intervenant avec cette citation d’Henri Ford disant « si la peuple comprenait les mécanismes financiers nous aurions une révolution dans l’heure » Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à cette autre citation de Lénine que les capitalistes nous vendraient jusqu’à la corde pour les pendre. Eh bien la corde c’est Ford qui nous l’a donnée. Il faut faire comprendre au peuple, aux français moyens, que la dette n’est rien d’autre qu’une taxe générale par la monnaie accompagnée d’une mise en dépendance des nations par les actionnaires des banques centrales. Cette idée stratégique est tragiquement absente des préoccupations de la FI. A ma table, l’idée a surpris. J’ai insisté trois fois pour la faire comprendre mais elle n’est pas passée.

En donnant au mouvement cette forme particulièrement fluide d’organisation Jean-Luc Mélenchon le rend médiatiquement difficile à attaquer. Cependant, en multipliant les têtes, il l’expose à la guerre des chefs. Il faut effectivement concentrer le mouvement sur l’action pour limiter ce risque d’application du principe de Sun Ze consistant à semer la zizanie chez les chefs pour vaincre sans combattre. Mieux il faut désigner un chef qui ne sera pas le futur président chargé uniquement de préserver la cohésion.

François Ruffin n’est pas là mais Clémentine Autun nous parle de son expérience de violence faites aux femmes et du manque de moyen de l’association pour les soutenir. Elle souligne à quel point la récupération médiatique du président des riches de la cause des femmes violentées ne suffira pas et qu’il faudra mettre des moyens pour la résoudre. La conversation à notre table roule sur l’économie source de misère et la misère amplificatrice de violence. La réparation ne suffit pas me dis-je en moi-même, c’est la prévention par les conditions de vie qu’il faut assurer. Personne à ma table ne songe à évoquer le puritanisme ambiant récent à comparer avec les années 70 et les frustrations qui s’échapperaient sous forme de violence. Y aurait-il un tabou ? En revanche, l’idée dans un discours de Jean-Luc Mélenchon du salaire des femmes qui compenserait le trou de la sécu s’il était égal à celui des hommes a marqué les esprits. On est déjà plus près des fondamentaux.

La violence faite aux femmes vient chronologiquement après la violence aux animaux et l’anecdote de la salade de quinoa par JLM pour illustrer l’orientation vers les protéines végétales. Le vegan de notre table apprécie certainement, lui qui a signalé à quel point sa mère s’était lourdement endetté pour financer ses études et combien tout le monde les attaquaient pour cet engagement incompris. Ne mange que des protéines végétales si tu veux gamin ! mais prends du fer en complément parce que tu es un peu pâlot sous ton chapeau ! On en connaît qui en sont morts à la longue de ton régime. Mais évidemment, OK pour l’agriculture alternative et la réduction de cette violence humaine envers tout. C’est sans doute pour cela qu’il a été insisté sur une grande chaleur humaine entre nous comme étant la marque des insoumis. Étrangement, l’action non violente à la Gandhi n’est pas évoquée. Pourquoi aller chercher l’action locale à l’américaine avec Saul Alinsky et pas le Mahatma ? Il a tout de même obtenu des résultats d’une autre envergure car chasser les anglais nous avait pris un siècle à nous !

Égarement dans le détail local ?  Copie servile du grand frère démocrate US (on voit où il en est) ? Résurgence du soft power américain chez nos jeunes ? Manque de culture alternative du noyau jeune de la FI ? Il me semble important et urgent de programmer un voyage d’étude en Inde et peut-être, pour faire bon poids question violence, un complément dans cette Afrique du Sud aux mille barbelés et aux 100000 murs et gardiens de l’après Madiba, société éclatée et reprise de contrôle par les riches ; image de ce vers quoi nous allons tout droit. Moins cher, pourquoi ne pas projeter largement dans la FI les films retraçant les luttes conduites par Gandhi et (Winnie) Mandela ? Un cinéma régulier de films politiques dans les banlieues ?

L’un des thèmes des trois campagnes, avec la pauvreté et la fraude fiscale, c’est le nucléaire. Une polémique nait avec mon voisin de table qui agace les autres. Je ne suis pas aussi favorable que lui à cette renonciation totale au nucléaire. Il serait prêt à revenir à la bougie pour ne pas avoir à maîtriser un risque aussi élevé. Je pense moi que le progrès humain doit s’accompagner d’un supplément d’âme et de techniques de maîtrise des risques. Beaucoup de prosélytisme bien accueillis par la salle chez les intervenants dont les affirmations sont plus émotionnelles que rigoureuses. L’exemple de la centrale mise sous surveillance près de là où habite une intervenante est inquiétante à n’en pas douter ; plus que juste au voisinage d’ailleurs. Cette surveillance est aussi la preuve que l’ASN fait son travail. Les cancers imputées au nucléaire ne sont-ils pas dû à l’alimentaire ?  aux ondes de toutes sortes Lynkie compris ?  à l’abaissement par le stress des défenses immunitaires ?  Le nucléaire m’apparaît comme le bouc émissaire de maux d’origine industrielle à la faveur de la cupidité et de l’abandon du principe de précaution. Pourquoi ne pas mettre l’accent sur cette adoration du veau d’or ? Pourquoi ne pas « chasser les marchands du temple » ?

Ce qui est véritablement dangereux dans le nucléaire c’est le manque de moyens, de marges et aussi des gens comme Proglio allié à Sarkozy envisageant de vendre des centrales low cost à des pays immatures ou instables comme la Lybie. Le grand danger du nucléaire civil, c’est la vulnérabilité à une bombe de Trump comme celle qu’il a balancé sur l’Afganistan. Surtout si la FI arrive au pouvoir.

Ce qui présente un risque pour le nucléaire c’est la réduction des moyens, la réduction des exigences préventives sur l’autel des coûts et de la rentabilité. On s’aperçoit à la table que beaucoup ont des problèmes de thyroïde et qu’une épidémie sourde issue de Tchernobyl a sans doute été occultée ; au grand bonheur du laboratoire allemande fournissant le Levothyrox. La table sursaute quand je dis que tous les portiques ont sonné quand le nuage est passé et qu’on n’en a rien su médiatiquement. Ils découvrent que les médias, hors Elise Lucet et Cash Investigation ne sont pas partisans qu’en politique. J’apprends à cette occasion que le budget d’investigation de France 2 va être réduit. Tiens au hasard !!! Les salauds ! toujours les mêmes méthodes discrètes et efficaces par l’argent. La chasse aux sorcières continue. Beaucoup d’espoir sur le futur Media. J’espère qu’il ne ressemblera pas à Mediapart et ne sera pas un instrument de sape des solfériniens comme le casting le laisser penser à un ami…

Les interventions des députés, des acteurs de terrain, entrecoupées de réflexions sur les mots, sur les tactiques, sur les arguments se succèdent. Tout le monde est captivé. Pas de frustrations.

La deuxième demi-journée commence. Elle est largement tournée vers la méthode Alinsky, bien vendue comme la solution à l’apathie populaire qu’il faudrait secouer pour obtenir qu’elle vote FI à la prochaine élection. Pour la secouer, il suffirait d’aider les gens à résoudre des problèmes pratiques qui leur pourrissent la vie. Les habituer à agir ensemble contre plus fort que chacun d’eux et leur faire ainsi comprendre à la fois que l’union fait la force et que la réussite est à leur portée.

L’approche est séduisante au premier abord, on rend service, on s’active, on lutte contre les technocrates des exploiteurs ; rien que du bien. Pourtant, même si les présentations, la première caricaturale négative du porte à porte, la seconde finement gérée sont particulièrement pédagogiques et utiles aux militants, je crois qu’on les égare stratégiquement.

Hormis Adrien Quatennens qui avait bien souligné que nous restions en campagne jusqu’à conquérir le pouvoir, j’avais déjà éprouvé plusieurs fois ce sentiment que les membres de la FI visaient trop bas. Cette impression confuse m’est venue au fil des discussions, où, à l’image des gouvernements, nous envisagions des solutions à chaque problème : des contrats aidés pour favoriser l’emploi, des bourses pour faciliter les études, des premiers mètres cubes ou kW gratuit pour soulager les plus pauvres, des transports en commun gratuits, des moyens pour faire marcher ci ou cela….

Nous avions évoqué aussi les conséquences de salaires bas très près des minima sociaux et l’origine du SMIC conçu au départ pour permettre à une famille avec deux enfants de vivre décemment avec un seul salaire. J’avais alors suggéré à la table que les entreprises payent simplement les travailleurs suffisamment bien pour que l’état.

Comme pour les intérêts de la dette versé aux hyper riches actionnaires des banques centrales et ne déposant leurs comptes nulle part, l’approche consistant à régler le problème à la source et en grand échappe aujourd’hui à l’insoumis moyen. Il juge l’idée comme une utopie ou une simplification excessive.

J’obtiens tout de même le droit de poursuivre en citant l’école et la sécu qualifiées d’utopies à l’origine dont on connaît maintenant les résultats. Je commence à expliquer qu’on pourrait diviser largement le temps de travail pour donner du travail à tous, et qu’on pourrait en plus payer tout le monde assez pour vivre décemment de ce travail réduit. Pas d’enthousiasme, pas de curiosité sur le comment. L’entrepreneur restaurateur moyen semble plus ouvert puisque chaque vois que j’ai eu l’occasion de dire que pour que le commerce marche il fallait « rendre les pauvres riches », ils avaient conclu que si je me présentais, ils voteraient pour moi.

J’ai l’habitude que mes idées innovantes et décalées ne passent pas. Mais là je vais me battre pour démontrer comment c’est possible dans un prochain article sur « la prospérité par la qualité ». Je montrerai comment c’est une conception idéologique unificatrice du social, de l’environnemental mais aussi de l’économique serait en parfaite harmonie avec l’Avenir en Commun. Elle est susceptible de séduire toutes les catégories socio-économiques sauf évidemment les hyper riches et leurs proches valets.

Il me semble que les actions de quartier par la méthode Alinsky nous font courir le risque d’éparpillement. Quand bien même la somme de toutes ces actions ferait revenir aux urnes un électorat traditionnel de l’ex gauche, tous ces votes ne suffiraient pas à faire basculer et une partie de la population moyenne resterait en opposition. En revanche la diffusion de cette idéologie de la qualité et de la régulation, avec une bonne médiatisation créerait un élan plus général et plus fort dans toutes les catégories moyennes de la population, s’additionnant aux pauvres au lieu de seulement les pauvres.

Pour aggraver mon cas, je vais aller un pas plus loin avec une suggestion. Les choses ne sont pas ce dont elles ont l’apparence et on a vu que l’épouvantail totalitaire du FN était moindre que celui de l’extrême centre des entreprises alliées aux financiers (voir l’article ces entreprises fléaux des sociétés).

Or j’ai appris par ma covoitureuse que Marine le Pen avait ses comptes fermés par les banques ; ces même banques qui, pour succéder à « Macron le beau gendre » préparent chez Bilderberg l’élection de « Marion Maréchal le Pen, première femme président » (peut-être la raison de la récente récupération médiatique de la violence faite aux femmes par Macron d’ailleurs).

Il y a là une occasion unique de récupérer les 80 % d’électorat populaire du FN. Ceux qui ne sont ni racistes, ni xénophobes, ni même anti-musulmans mais simplement ulcérés d’un manque d’ordre, d’équité pratique, de de moyens des systèmes sociétaux et soucieux d’intérêt national. Ce serait le moment de demander à Marine le Pen d’infléchir haut et fort son point de vue, de souligner les convergences, d’aplanir les antagonismes et d’aboutir à l’accueillir dans un FI « peu importe d’où tu viens si tu veux construire l’Avenir en commun». Avec ses millions d’électeurs respectables autour de l’avenir en commun soutenu par  l’idéologie de la qualité la victoire s’approcherait. Après cela, il ne restera plus que des grands bourgeois et des racistes au FN qu’il sera facile et surtout justifié de stigmatiser.

Comme l’a dit Adrien Quatennens, nous sommes en campagne et prêts à gouverner, il faudra juste, dans l’union des chefs, pousser avec toute les catégories socioprofessionnelles de la France moyenne et d’en bas, au moment propice et avec la bonne tactique pour balayer les suppôts des dominants.

Il nous faut cesser les gesticulations dans la rue et la glose sur internet pour agir plus concrètement. Travailler en groupe, contrer les médias, diffuser une information sur les principes économiques des pillages et taxes privées légalisés, bloquer le système par la désobéissance et la non violence collective, construire une cohésion idéologique de masse nouvelle avec une grande ambition concentrée sur l’économique qui donne envie et espoir à tous. Là les français nous confieront massivement et de bon cœur le pouvoir.

Cette convention était formidable de préparation, de travail et d’engagements, elle montre une base solide et capable mais elle manquait de hauteur et de stratégie. J’espère que cet article contribuera à réparer cela.