JLM2017, on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre !


La forme, c’est le fond qui remonte à la surface

La sécurité sociale universelle étendue de l’Alsace à toute la France ; reprise d’une initiative séculaire allemande est très convaincante. Mais la réponse de Jean-Luc Mélenchon à Jean-Luc Bourdin concernant les dépassements d’honoraires des médecins, ne l’était pas du tout.

Rester dans le flou à ce niveau c’est pousser toutes les professions médicales dans les bras du statut quo, c’est-à-dire de Fillon, Macron pour l’essentiel.

La suppression du conseil de l’ordre des médecins n’est pas nécessairement une bonne chose en pratique. Son orientation sur une fonction de strict maintien technique de l’ordre serait sans doute perçue comme plus mesurée. En outre, un conseil de l’ordre sera sans doute très utile à l’heure des nombreuses questions éthiques ouvertes par la technologie.

Mais surtout, il ne me semble pas judicieux de ressortir les vieilles lunes de sa création pétainiste. Cette approche idéologique dessert le mouvement des insoumis. Ce qui nous servira c’est au contraire l’approche pragmatique.

Les électeurs et leurs médecins

Hormis l’apport maladroit à une image déjà rendue copieusement inquiétante par les médias aux ordres, hormis les professions médicales braquées, de la suppression du conseil de l’ordre, pour l’essentiel, les électeurs s’en moquent ! Ils voient bien son caractère cosmétique.

En revanche, ils se soucient de la rémunération des médecins. Ils savent en effet que si les médecins sont mal payés ils seront eux mal soignés. On trouvera, a dit Jean-Luc Mélenchon à bout d’argument à Bourdin.  Eh bien voilà l’idée je l’ai trouvée : il suffirait de payer grassement le travail, tout le travail mais d’abord le travail. Et c’est possible ; à conditions de sortir des idéologies dominantes :

L’idéologie dominante du volume

Nous sommes littéralement abrutis de variantes de la croyance qu’il faudrait produire et vendre plus pour faire plus de chiffre d’affaire et donc plus de profits. Parallèlement la concurrence dérégulée conduit à baisser les marges, dégrader la qualité des produits et services, réduire les salaires, tirer les autres coûts de production comme de distribution pour prendre le volume sur celui des concurrents. Outre que cela répand la souffrance et tarit ce seul moteur fondamental de l’économie qu’est l’achat,  asphyxie les infrastructures, cela conduit à faire encore plus de volume pour tenter de rétablir des marges.   

L’idéologie alternative dominante de la décroissance

A l’opposé, l’idée de la décroissance invite à réduire drastiquement le volume pour protéger la planète ce qui impliquerait une réduction du chiffre d’affaire. A prix constant, la régression des volumes économiques conduirait à la même indigence de financement des infrastructures.

L’idéologique de la croissance économique par la qualité frugale

Entre les deux il y a une meilleure solution en rupture avec l’idéologie du volume et en direction de celle de décroissance : c’est l’idéologie de la qualité avec des prix unitaires élevés.

Si l’on augmentait les revenus du travail tout en augmentant les prix de telle sorte que le pouvoir d’achat (y compris les cotisations aux systèmes sociaux) augmente plus que les prix, alors les profits augmenteraient aussi. Si l’augmentation des rémunérations du travail augmentait plus que les prix, disons pour illustrer x3 pour les rémunérations du travail et x2 pour les prix, alors cela reviendrait à revaloriser le travail comme source de revenu par rapport au capital.

C’est donc à la fois un mécanisme de relance et de réduction de ces inégalités si préjudiciables à la cohésion d’une société. La cohésion d’une société c’est la source de son dynamisme quand elle se renforce mais c’est aussi la source du communautarisme jusqu’à la guerre civile quand elle s’étiole. C’est donc ce qu’il faut à un pays jeune et multiculturel mais qu’un pays de vieux rentiers peut sans doute accepter si on revalorise ses retraites.

De l’augmentation des bas salaires à l’augmentation de tous les revenus du travail

Dans les 100 milliards pour la relance économique, l’augmentation des bas salaires et les conditions qui expliquent le redressement des comptes de l’État, on passe tout près mais on manque cette idée qu’il faut faire marcher d’un même pas, entreprises et entrepreneurs, entreprises et employés. Plutôt que de dire à l’un on va te donner une plus petite part du gâteau et à l’autre une plus grosse. Il faut dire, on va mettre plus de gâteau au four et vous en aurez tous plus.

Et voilà notre médecin spécialiste avec ou sans dépassement d’honoraires rassuré sur son sort après l’élection de monsieur Mélenchon. Ses patients se disent « chic, je vais vivre vieux » Ils sont fiers d’avoir construit une des meilleures médecines du monde grâce à un bon système économique ajouté à un bon système sociale.

Avec ce principe de qualité, l’effet levier des 100 milliards pour l’agriculture bio et l’économie de la mer, serait encore plus fort. Les capacités d’investissement seraient dopées par l’augmentation des marges découlant de celle des prix. Retour au plein emploi mais en plus à l’inventivité car quand on n’a plus assez de bras il reste à perfectionner les machines. Une taxe robot pour l’éducation ou la réduction du temps de travail là-dessus et un état riche peut dire non aux multinationales et financer son armée.

Conséquences électorales du principe de qualité

Chaque fois que j’ai expliqué à de braves gens qu’il serait possible de faire flamber l’économie en rétablissant d’un coup le niveau que nous avions laissé filer depuis quarante ans à coup de pression imbécile sur les revenus du travail, les gens ont conclu : « si vous vous présentez, je voterai pour vous ». Je n’aspire qu’à être tiré au sort pour la constituante mais j’y vois un signe digne des 666 parrainages pour JLM.

A ce stade du processus électoral, au lieu de n’avoir que les revenus modestes ou précaires et quelques intellectuels dans les 200 000 insoumis, nous aurions 90% des français avec nous. Ils sont tous prêts à changer cet ordre établi qui ne profite vraiment qu’aux grands dominants pour peu qu’on les rassure.

De plus cette cohésion sera indispensable pour résister aux assauts du capital qui n’en doutons pas, seront comparables à ceux de l’après 1790.

Conclusion

Par ce principe de qualité accessible à tous et présent pour tout, on rend tout le monde riche au lieu de seulement quelques-uns un peu moins pauvres. Nous n’avons même pas compris que nous en avions déjà la puissance. Cette logique permettrait de consommer moins tout en ayant une forte croissance économique et probablement une décroissance démographique progressive. Ce serait un facteur de cohésion sociale en même temps qu’un moteur d’évolution, un redresseur de l’économie et une formidable ouverture sur un monde de l’art, de l’être et de la connaissance. Utopie direz- vous ? C’est ce qu’on croit toujours avant de l’avoir fait ; c’était déjà ce qu’on disait à propos de la création de l’école gratuite, laïque et obligatoire.