Prisonniers des étiquettes, des idéologies et du passé ?


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L'article de blog (http://melenchon.fr/2016/01/18/kerviel-est-innocent/) dans lequel Jean-Luc Mélenchon se justifie auprès de son camp d'oser défendre Jérôme Kerviel illustre bien la sclérose idéologique des mouvements politique. Moi qui suis venu aux idées de gauche après quelques épreuves de vie qui m'ont ouvert les yeux alors que j'étais "né au centre", je n'ai pas ces liens idéologiques. 

Il ne faut pas perdre de vue l'intérêt général et la gauche, les partageux, c'est cela. Tous les marins (à voile), tous les montagnards le savent bien : tirer des bords, monter en lacets, ce n'est pas renoncer à progresser selon le cap choisi et vers l'altitude requise. C'est juste composer avec les éléments adverses. C'est juste du pragmatisme. C'est à l'aune de ce pragmatisme que doit se lire ce qui suit. 

Je trouve désolant qu'un leader politique soit à ce point prisonnier des étiquette et des croyances idiotes de ses partenaires. L'aveuglement idéologique des troupes conduit à l'échec et les leaders doivent le leur dire. Des troupes ça se mène et il faut parfois le courage de dire à la masse que ses idées simplistes sont mauvaises; que l'ancrage dans un ennemi idéologique désigné s'avère désastreux pour l'avènement de ses idées et de ses intérêts. 

Kerviel était un rouage du système bancaire, un gros pion mais rien de plus. Il faut le défendre parce qu'il est innocent c'est une raison qui à elle seule suffit. Les partis ont des intérêts mais ne pas oser défendre un innocent au motif qu'il n'est pas de son bord, c'est dévaloriser soi, la politique et l'humanité.

Il faut défendre Kerviel par esprit de justice parce que les coupables d'hypocrisie et de manipulation de la justice doivent payer leur forfaiture. C'est un devoir éthique et cette raison, elle aussi, suffirait seule.

Il faut encore défendre Kerviel parce qu'il faut stigmatiser politiquement la collusion de la "justice" avec les dominants du sabre, du goupillon et de la finance; des bourgeois alors que la justice, la vraie, c'est de défendre les dominés par et pour le droit. C'est la cohérence avec défendre les Goodyear et les Air France et, hélas, tant d'autres avec lesquels, bêtement, on ne manifeste activement aucune solidarité ce qui permet de les licencier, de les plomber par wagons entiers.

Ensuite Kerviel, comme Mélenchon, est un prolétaire. Comme le commandant de bord, il vit mieux payé que l'ouvrier mais il reste un prolétaire. Un prolétaire parce qu'il ne fait pas travailler d'autres pour son bénéfice sans le partager équitablement les fruits du travail accompli comme le fait tout capitaliste.

Les pirates étaient plus humains que les capitalistes. Ils risquaient leur peau ensemble et connaissaient le principe de "prendre son pied" au retour à St Malo. Les 65 qui possèdent plus les 3,5 milliards de pauvres ne sont pas des prolétaires. Ils prennent leur pied mais c'est tout sauf un partage. C'est contre eux et probablement leur 65 millions de suppôts qu'il faut unir les 7 milliards.

Mais ce qui me choque surtout dans ce besoin de justification c'est l'étiquetage passéiste des choses. Tu es étiqueté comme ça alors tu ne peux pas être ailleurs qu'avec ceux de ton étiquette. C'est la même connerie qui m'empêche de me sentir bien à la fête de l'huma parce que je suis intello né au centre d'alors et éduqué et pas ouvrier endoctriné ; C'est la même connerie qui empêche les militants et leurs chefs de réaliser que le Front National n'a plus les mêmes options ni les mêmes électeurs que du temps de son fondateur et qu'une alliance avec lui, avec des dissidents de gauche du parti socialiste, avec les verts de gauche, avec le parti communiste et avec les anticapitalistes permettrait de réunir sur la base d'une plate-forme de gouvernement et d'une ambition assez forte : prix augmenté "par deux", rémunération du travail multipliée par quatre sous forme de temps divisé par deux et de montant multiplié par deux et rétablissement des clauses sociales et environnementales aux frontières (donc dévalorisation et régulation du capital…) assorti d'un grand projet (protection de la nature, systèmes justes et efficaces, sécurité de l'avenir pour tous, luxe pour tous) donnerait assez de forces, de confiance, d'alliance et de retour des abstentionnistes pour sortir la clique réactionnaire au pouvoir.

Oui la primaire à gauche n'a pas de sens parce que la gauche n'existe pas de fait. Seule subsistent ses idées. Susan George a raison de dire qu'il existe une majorité de gauche dans le pays. Elle a raison de vouloir faire une candidature collective de gauche (donc sans les socialistes sauf l'aile gauche qui pour cela doit faire sécession).

Mais il existe aussi une majorité, souvent composée des mêmes, qui, moins idéologique mais très attachée aux systèmes de gauches considérés comme "naturels" veut l'ordre, la justice, le travail sincère, l'autorité managériale dans la vie civile, dans les administration, dans les systèmes.

Il suffirait de s'affranchir des étiquettes pour rassembler tous les représentants de ces deux formes d'une même majorité réelle, de produire un programme commun, pour, même avec l'opposition des médias, remporter les élections de 2017.

Cela permettrait de dégager cette clique en rétablissant la démocratie et l'indépendance médiatique.

Le reste viendrait "tout seul".